JULIETTE: Oh, plutôt que d’épouser Paris, ordonne-moi De sauter du haut des créneaux de cette tour Ou encore de marcher dans des rues infestées de brigands. Ordonne-moi de ramper parmi les serpents, Enchaîne-moi dans la fosse aux ours, Enferme-moi la nuit dans un ossuaire Et recouvre-moi en les entrechoquant De tibias puants et de crânes jaunâtres, Dépourvus de mâchoires. Ordonne-moi sinon D’entrer dans une tombe qu’on vient de creuser Et de m’y cacher dans le linceul De ce mort de fraîche date. Roméo et Juliette, Acte IV, scène 1
ROMEO ET JULIETTE
©Nicolas Lieber. Juliette: Ania Temler
Mise en scène : Lorenzo Malaguerra Traduction : Yves Sarda Collaboration artistique: Ania Temler Scénographie : Sylvie Kleiber / Claire Peverelli Costumes : Kristelle Paré / Marie Meyer / Pierre-Yves Loup Forest / Linda Bocquel Lumières : Laurent Junod Son : Yann Gioria Maquillage: Annick Yanopoulos Direction technique : André Simon-Vermot Construction des décors : André Simon-Vermot et Valère Girardin Avec : Nathalie Boulin, Magali Hélias, Ania Temler, David Gobet, Philippe Hottier, Simon Jaunin, José Lillo, Roberto Molo, Adrien de Tribolet et Matteo Zimmermann TPR, La Chaux-de-Fonds Le Troisième Spectacle, Genève
© Nicolas Lieber. Tybalt: Adrien de Tribolet, Mercutio: José Lillo, Roméo: Matteo Zimmermann
dossier de vente
« Roméo & Juliette » de William Shakespeare. La tragédie des amants de Vérone, bravant les interdits imposés par leurs familles, tout le monde l’a entendue, lue, vue au théâtre ou au cinéma. Aujourd’hui pourtant, la compagnie genevoise Le Troisième Spectacle, en collaboration avec le Théâtre Populaire Romand, lui donne une dimension nouvelle. Parce qu’«une pièce doit trouver sa juste expression dans le présent de la représentation», le metteur en scène Lorenzo Malaguerra – l'un des plus prometteurs de sa génération, dont les mises en scène d’Antigone ou de L'échange ont été particulièrement appréciées en Suisse romande – a choisi de confier la tâche d’une nouvelle version à Yves Rémy Sarda, traducteur et parolier. «Ce qui importe ici, note Lorenzo Malaguerra, n’est pas tant de transposer la pièce dans une réalité reconnaissable que de faire de Vérone un lieu éminemment théâtral. Un lieu où se rencontrent le présent et le passé : un homme qui porte un smoking peut poser une couronne sur sa tête et le voilà prince. Ce qui compte avant tout, c’est que cet espace crée de la vitesse, de la verticalité, qu’il contraigne les corps à se frôler, qu’il fasse sentir au spectateur la fournaise de Vérone, la violence physique des rapports.» Pour rendre ces intentions, une belle distribution de comédiens romands, parmi lesquels Ania Temler (Juliette), l'interprète sensible et vibrante d’Aricie dans Phèdre, présentée au Palace la saison dernière, où jouaient aussi l'excellent Philippe Hottier (que l’on retrouvera ici en Frère Laurent) et Matteo Zimmermann, qui prêtera sa fougue et son ardeur à Roméo. Derrière le chaos "Le théâtre de Shakespeare était un lieu de rencontres entre spectateurs et acteurs, où l’on pouvait voir des moments de la vie avec une grande intensité, seconde après seconde. Partout le visible est accompagné d’une dimension invisible et c’est pourquoi dans toutes les pièces l’action était tout à la fois verticale et horizontale." Peter Brook, Avec Shakespeare Théâtre Palace - Bienne Copyright © Spectacles Français 2008
LE TROISIEME SPECTACLE
SPECTACLE EN COURS - ROMEO ET JULIETTE
Le texte
Du 20 janvier au 7 février 2009 Théâtre du Loup / Genève(Suisse) Réservations: +41 22 301 31 00 16 février 2009 Théâtre Palace / Bienne(Suisse): +41 32 323 10 20 19 février 2009 Theater Winterthur / Winterthur (Suisse): +41 52 267 66 80
Roméo et Juliette décrit la trajectoire tragique d’un amour dans un monde sans amour. La ville de Vérone telle que l’imagine Shakespeare est à l’exact opposé du havre touristique actuel : la violence, le sang et la mort rôdent dans les ruelles. Les mariages arrangés remplissent leur fonction d’économie des corps et des biens ; les blagues obscènes et viriles occupent le terrain de la sexualité. Il est bien difficile dans ce contexte de supposer la naissance d’un amour qu’on dira éternel. Et pourtant. C’est précisément dans ce contexte-là que Shakespeare fait advenir la rencontre de Roméo et Juliette. Une rencontre somme toute assez banale : après tout, les fêtes ne sont pas si nombreuses à Vérone et Juliette aussi bien que Roméo appartiennent au même milieu. Ils sont ennemis, certes, de par leurs origines, mais l’un est éloigné des combats et l’autre ne semble pas faire grand cas des querelles familiales. Le miracle tient à l’éblouissement amoureux qui transforme de fond en comble le statut des deux enfants de Vérone. En un instant, Roméo et Juliette s’extirpent de l’arrière-fond sordide et violent qui est la marque de leur société pour se projeter dans le pur idéal du sentiment. Preuve en est la transformation immédiate et quasi surnaturelle du langage qui touche au sublime dans leurs rencontres successives. Dès lors, pour les amants, va se poser la question de la survie de leur amour au sein d’un monde hostile. Roméo et Juliette ne sont pas les victimes de leur passion, ils en sont les acteurs : malgré le désir, malgré l’impatience de rencontres trop rares, malgré les coups du sort qui les frappent, ils agissent l’un et l’autre de façon étonnamment lucides malgré leur jeunesse. Ironie du sort, ce sont ceux qui tentent de les sauver qui finissent par les tuer. En fin de compte, toutes les péripéties extérieures qui mènent effectivement à leur disparition n’ont que peu d’importance par rapport à leur décision profonde, immédiate, évidente pour l’un et pour l’autre, de ne pas vivre si l’autre meurt. Cette position-là, loin d’être folle ou excessive, est au contraire la réponse la plus entière, véritablement courageuse, la forme de résistance la plus radicale à une société globalement mensongère, violente et dégénérée. Lorenzo Malaguerra