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Le murmure des vagues Dans un décor presque vide, sur des dalles blanc et noir qui forment une mosaïque déstructurée, deux femmes avancent des mots, comme une partie d'échecs avec les souvenirs flous et les suppositions lancinantes. L'une est plus âgée, perdue dans le brouillard d'une amnésie intentionnelle. C'est la comédienne Monique Mani qui tremble, la voix égarée, les gestes saccadés et suggère la fragilité d'une mère meurtrie par l'absence de son enfant. A ses côtés, la jeune comédienne Virginie Meisterhans vibre tout entière en interprétant une jeune fille sans figure maternelle. Toutes deux sont à la recherche de leur histoire, et évoquent l'absence douloureuse du maillon qui les unit: Savannah, leur fille, leur mère. L'écriture de Duras est enivrante, les images se cherchent et construisent les bribes d'une histoire passée, le théâtre du souvenir. Intolérable absence Le halo de lumière est serré sur les comédiennes, lumineuses dans un décor qui ne fait que suggérer. La scénographie évoque le bord de mer, tandis qu'en fond sonore, presque inaudibles, quelques gouttes de pluie viennent s'écraser au sol. La mise en scène de Lorenzo Malaguerra est toute de finesse, d'impressions et de sensations. Parfois les répliques se superposent, à d'autres moments les silences viennent ébranler de fausses certitudes. Le texte de Marguerite Duras respire et expire profondément les éclats d'un amour déraisonné, les brisures de l'âme et le murmure des vagues qui viennent rappeler, sans fin, l'intolérable absence. Celle que l'on préfère noyer dans les flots de sa mémoire. A demi-mot, l'histoire se referme. Mais l'interprétation affinée des deux comédiennes parviendra à figer pendant longtemps le souvenir d'un récit où la passion est omniprésente, bien que muette. ANNE-SYLVIE SPR ENGER