Articles de presse Roméo et Juliette dans la poétique de la conscience du corps Denise de Ceuninck L'Impartial / L'Express Ce qui rend I'histoire de Romeo et Juliette si poignante, c'est la fatalité qui pèse sur les amants de Vérone, c'est la haine ancestrale que se vouent leurs familles, les Montaigu et les Capulet. La mise en scène de Lorenzo Malaguerra, donnée en première jeudi dernier au Théâtre populaire romand (TPR) à La Chaux-de-Fonds, fait table rase de ce que Ie spectateur laïque avait intégré, jusqu'ici, de la pièce de Shakespeare. Malaguerra est entré délibérément dans la matière sans se faire happer par les conventions. En ce temps-là, Vérone est un lieu de communication et un centre commercial convoité par les puissants de tous bords. La mort, la violence rôdent dans les rues. Malaguerra place Roméo et Juliette dans ce contexte récurrent. La récente traduction du texte de Shakespeare, d'Yves Sarda, alternant langue vulgaire et alexandrins, dépasse Ie cadre du 16e siècle, elle soutient la portée philosophique recherchée par Ie metteur en scène. Dans la conduite d'acteurs, Malaguerra charge la pièce d'une poétique toute personnelle. II travaille «à la Grotowski», c'est-à-dire à partir de la conscience du corps dans l'espace. On ne peut que dire son admiration face à la minutie acrobatique des acteurs et actrices. On se délecte à les voir virevolter sur les cubes qui comblent l'espace scénique à travers lesquels se dessinent les toits et balcons de Vérone sous un incessant mouvement de projections lumineuses et de «leitmotives» musicaux. Balançant entre réflexion et humour, la mise en scène est en perpétuel mouvement, elle innerve des images bariolées à la Omar Porras, telle la scène de bal chez les Capulet où les invités se présentent coiffés d'abat-jour! La réussite de cette coproduction TPR et Le Troisième Spectacle de Genève tient à une distribution équilibrée: Ania Temler, Juliette désespérément lucide, Matteo Zimmermann, Roméo simple et pur, sont entourés de Nathalie Boulin (Lady Capulet), Magali Hélias (la nourrice), David Gobet (Benvolio), Philippe Hottier (Frère Laurent), Simon Jaunin (Paris), José Lillo (Mercutio), Roberto Molo (Capulet), Adrien de Tribolet (Tybalt).