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«Roméo et Juliette - enfants de la guerre» Depuis que Shakespeare s'est enflammé pour leur funeste destin, Roméo et Juliette sont devenus les héros de référence des amours juvéniles, trempées dans l'interdit et l'urgence. Invités par Lorenzo Malaguerra à assister a une répétition de la pièce au TPR, des lycéens chaux-de-fonniers se sont laissés aller à quelques commentaires a vif. A priori, ils se sentent à des années-lumière des héros: «Se marier a 13 ans, c'est impossible!"- «N'oubliez pas, rétorque le metteur en scène, qu'à cette époque, à 40 ans, on était un vieillard.» Dans la scène répétée ce jour-là, Juliette se ronge les sangs en attendant le retour de sa nourrice, partie à la recherche de Roméo. «Aujourd'hui, elle aurait pris son téléphone mobile», ricane un adolescent. Ce qui étonne ces jeunes gens, c'est l'évidence et la force de l'amour des amants de Vérone. «Moi, même si je prétends le contraire, je ne renoncerais jamais à rien, et surtout pas à la vie, pour une histoire d'amour», reconnaît une lycéenne. «Juliette me semble un peu irréelle, souligne son voisin, elle est tellement naïve et spontanée.» «Pour moi, Roméo, c'est l'homme dans toute sa splendeur, ironise une autre. II est tellement niais, persuadé qu'il va la garder toute sa vie alors que, deux jours plus tôt, il était amoureux d'une autre.» «C'est bizarre. renchérit un camarade. On dirait qu'il aime Juliette, mais qu'il se cherche des excuses pour ne pas conclure. Il préfère vivre dans un monde virtuel.» Lorenzo Malaguerra est d'accord: «Ce qu'ils se disent l'un à l'autre atteint des sommets de lyrisme, et de fantasme aussi. La parole leur permet de s'inventer leur histoire, de créer leur mythe en direct.» Puis il attire l'attention des lycéens sur le fait que Roméo et Juliette sont des enfants de la guerre, que le lendemain ils seront peut-être morts. Le décor le rappelle, un chaos de cubes en bois qui peuvent tour a tour devenir des rues, une chambre, où l'on peut se battre, s'aimer. «Ce qui est bien, c'est que ce décor est dangereux, comme l'était Vérone à l'époque. Le risque de tomber rend les acteurs plus vigilants.» A y réfléchir, les lycéens partagent au moins un point commun avec les jeunes amoureux. Ils vivent dans une société qui ne propose aucun avenir a ses enfants. «Oui, il y a urgence à vivre dans ce monde qui semble ne pas vouloir de nous, s'exclame un jeune homme. Mais cela ne passe pas forcement par l'amour.» «L'amour peut être un refuge, mais aussi un piège, sourit une adolescente, car on n’a pas vraiment la maîtrise des choses.» Viennent alors les questions sur le théâtre, la difficulté d'être juste dans une scène, les horaires des répétitions. Gagnant d'une bourse, Lorenzo Malaguerra a monté Antigone, en 2004, à Genève, en résidence scolaire. Rien ne l'étonne des réflexions de ses invités du jour. «Leur présence ne me dérange pas, elle me stimule», tient-il à souligner,à quelques jours de la première. R'N'J, OU ROMEO ET JULIETTE 2008 La mode est aux nouvelles traductions. Dostoïevski, la Bible et même Douglas Kennedy, tous font peau neuve pour obéir aux nouvelles connaissances linguistiques ou se décrasser d'une ancienne version bâclée. Parolier de Françoise Hardy ou de Jean Bart, traducteur de Stephen King et de Carl Hiaasen, Yves Sarda aime jouer avec les mots, les siens et ceux des autres. II s'est laissé ici dicter par Shakespeare une nouvelle version de Roméo et Juliette, qu'il a nommée, titre de travail, R'n'J, pour en souligner l'actualité et Ie rythme. Lisant Ie texte de départ à haute voix, découvrant sa fraîcheur et son énergie, sa violence et son lyrisme, il a retrouvé quasi intuitivement un phrasé d'aujourd'hui pour exalter la jeunesse de cette œuvre «où l'on aime comme on respire et où l'on meurt comme on soupire». Mission réussie: on pourrait croire que Shakespeare a inventé Ie slam. François Busson