RAPPORT D'ACTIVITE 2008 LE TROISIEME SPECTACLE Antigone à Beyrouth Entre avril et mai 2008, la compagnie a été invitée au Théâtre Monnot à Beyrouth pour une résidence de six semaines. Le projet était de (re)monter Antigone , de Sophocle, avec des acteurs suisses et libanais. Comme à Genève, toutes les répétitions étaient ouvertes à des jeunes issus de différentes écoles libanaises. La différence est que nous allions également répéter dans les écoles (8 au total). Les répétitions donnaient lieu alors à des discussions entre la troupe et les élèves. Dans un pays en guerre, l’acuité d’Antigone était évidente. Ces rencontres nous ont souvent bouleversé, les témoignages de la perte d’un proche ou d’un parent dans des conditions dramatiques étaient nombreux de la part des adolescents. Malheureusement, la réalité nous a rattrapé à la fin de notre séjour puisque des émeutes ont éclaté entre différentes communautés et les tensions larvées depuis plusieurs mois ont failli dégénérer en une nouvelle guerre civile. De violents combats de rue ont éclaté et il nous a été impossible de poursuivre notre travail en raison de la très forte insécurité qui régnait à Beyrouth et dans tout le Liban. Nous avons été assigné à domicile, attendant durant 10 jours que l’aéroport ouvre à nouveau et nous permette de partir. Le subventionnement de ce spectacle était assuré par la ville de Genève et par le canton de Genève à travers le service de la solidarité internationale. La compagnie a dégagé une petite réserve de 3000.-, solde de l’année 2007, afin de compenser certains frais supplémentaires occasionnés par notre séjour forcé. Nous avons toutefois le désir de retourner au Liban afin de terminer le projet. C’est également le souhait de Paul Mattar, directeur du Théâtre Monnot. Roméo et Juliette Le grand projet de l’année 2008 (et 2009) a été Roméo et Juliette de Shakespeare. Conformément au projet de triptyque sur la passion amoureuse dont R&J forme le premier volet, nous avons crée ce spectacle au Théâtre Populaire Romand, coproducteur de cette création. Le spectacle a été répété durant deux mois dans trois lieux successifs. Nous avons commencé par deux semaines de lecture, de discussions et de dramaturgie avec toute l’équipe en « vase clos », dans une maison mise à notre disposition près de Perpignan. Il s’agissait de souder l’équipe autour du projet avant de venir répéter à Genève, ce qui a bien fonctionné. A Genève, nous avons répété trois semaines au cycle de la Gradelle. Avec Jean-Marc Cuenet, enseignant à la Gradelle, nous avions déposé un projet pédagogique au fond vivre ensemble autour de R&J, projet qui a reçu un écho très positif mais qui s’est révélé lourd à porter. Il s’agissait en effet de mener un travail intensif avec 10 classes du cycle à différents stades de la préparation du spectacle. Chacune des classes était préparée par l’enseignant/e et menait un travail en parallèle sur la pièce. De notre côté, nous nous engagions à réaliser le travail en trois étapes : 1) Le metteur en scène passe 45 min dans chaque classe afin de leur parler de la pièce etleur expliquer la façon dont il va travailler sur R&J. 2) Les élèves apprennent par coeur une scène tirée de R&J et la troupe travaille avecchaque classe 3 heures, soit 30 heures en plus du travail de répétition. Tousles comédiens sont concernés. 3) Les élèves assistent au spectacle et, avec les classes qui le demandent, nous tirons aveceux le bilan de l’expérience. A la suite du projet « Antigone à la Gradelle », la compagnie s’implique fortement dans les relations avec les écoles et assume une tâche importante de formation du public de demain. La relation aux élèves est extrêmement enrichissante mais nous devons mieux harmoniser ce travail-là avec le travail artistique en tant que tel afin que l’un n’empiète pas sur l’autre. Dans le cas de R&J, nous avons cumulé les deux afin de ne pas nous mettre en retard sur la création mais les journées ont été parfois très longues (plus de 12h régulièrement). Une des pistes à discuter avec le DIP est de prolonger la durée des répétitions en échange d’un travail approfondi avec les élèves, travail que nous désirons poursuivre mais qui a son prix. Le risque, sinon, est de labelliser Le Troisième Spectacle comme compagnie destinée à la formation et à l’initiation au théâtre plutôt que comme compagnie qui a sa propre identité artistique tout en assumant pleinement un volet pédagogique. La dernière étape du travail s’est déroulée durant trois semaines à la Chaux-de-Fonds, dans le magnifique espace de Beau-Site. Le spectacle a reçu un accueil public et critique enthousiaste. Une dizaine de représentations publique ont eu lieu et le taux de fréquentation a approché les 100%. En outre, nous avons réalisé 6 scolaires qui ont affiché complet (220 élèves à chaque fois). Le spectacle a tourné durant l’année 2009 au Théâtre du Loup, à Bienne et à Winterthur. Le résultat de cette tournée sera l’objet du rapport d’activité 2009. Autres réalisations Le Troisième Spectacle dispose maintenant d’un site internet ( www.letroisiemespectacle.com) où sont mises à jour toutes les informations concernant les activités de la compagnie et où sont collectés les articles de presse, les photos et certaines archives écrites de la compagnie (notamment le projet de triptyque sur la passion amoureuse). Nous gérons nous-mêmes le site internet, ce qui nous permet de réactualiser son contenu à tout moment et ne nous occasionne pas de frais supplémentaires. Projets Selon la convention signée, nous avions prévu de monter La seconde Surprise de l’amour , de Marivaux. Toutefois, en raison de la récente mise en scène de cette pièce par Luc Bondy - et du succès et de la qualité de ce spectacle - il nous a paru judicieux de changer de pièce tout en restant fidèle à notre problématique de la passion amoureuse. Notre choix se porte sur une pièce de Pirandello, Je rêve (mais peut-être que non) , qui est une des dernières pièces de l’auteur italien. Très puissante, à l’écriture resserrée, elle décrit la trajectoire d’une femme qui rêve d'un histoire passionnelle dont on ne sait jamais si elle a réellement existé ou non. Ce spectacle, relativement léger par sa forme (mais pas par son contenu !), complétera la tournée de R&J pour l’année 2009. Et si nous en avons les moyens, nous repartons pour Beyrouth afin de terminer Antigone . Le projet sur lequel nous avons commencé à travailler et à faire des démarches est, comme prévu, L’Amour de Phèdre , de Sarah Kane. Il concerne la saison 2010/2011. Nous espérons qu’un ou plusieurs théâtres entreront en matière sur cette pièce qui peut en effrayer plus d’un en raison de sa violence et de son âpreté. (Petites) considérations de politique culturelle Nous sommes préoccupés par la disparition lente mais certaine de plusieurs espaces qui assuraient aux compagnies et aux metteurs en scène une véritable liberté artistique. Nous pensons à Artamis (Galpon et Halle 52, notamment) à la Grenade, à la prochaine disparition de la Parfumerie, etc. Ces espaces avaient une particularité qu’aucun théâtre ne peut remplacer : ce n’étaient pas des théâtres, et grâce à cette particularité paradoxale ils n’étaient pas soumis à des exigences de lignes de programmation, de style, de considérations politiques, de spécialisation, de rivalités, etc. Ils étaient des espaces de liberté qui ont permis aux meilleurs en scène d’aujourd’hui de se former, de grandir, de faire leur preuve, libérés de (presque) toute contrainte. Aujourd’hui, rares sont les espaces qui offrent cette liberté tant recherchée. L’émergence de nouveaux lieux, comme L’Alchimic par exemple, est positive en tant que telle mais il semble que chacun cherche à se différencier de l’autre, comme s’il s’agissait de multiplier les chapelles plutôt que de multiplier les possibilités de création. Nous témoignons de la très grande difficulté à choisir entre toutes ces officines et à espérer que notre travail fasse le miel de l’une d’elle (alors que ce devrait être l’inverse). Même avec un contrat de confiance, la tâche n’est pas aisée. La solution passe peut-être par une nouvelle tentative de s’extraire des murs trop solides de nos théâtres, reprendre la clé des champs, investir des espaces en friche dans un esprit d’itinérance. Lorenzo Malaguerra