Articles de presse Un jeune auteur met Orphée en émoi THÉÂTRE A 24 ans, Matteo Zimmermann n'a pas peur de s'approprier le mythe «Il n'y a plus d'auteur.» On connaît l'antienne, souvent destinée à dissimuler l'absence d'audace des producteurs. En voilà donc un, d'auteur, drôle de gaillard sous son inséparable chapeau noir, qui n'hésite pas à titiller Orphée himself. Dès les premières répliques des Nuisances d'Orphée, on sait que Matteo Zimmermann a quelque chose à dire. Que sa jeunesse s'embarrasse parfois d'un certain lyrisme, un travers commun à ceux dont l'univers s'épuise à contrer la réalité, n'irritera que les vieilles pies du théâtre nobiliaire. Derrière les mots, assénés avec une gourmandise et une urgence qui confinent à l'impudence, l'histoire ici livrée ne fait du genre que pour mieux raconter. Des personnages improbables s'y embusquent et s'amusent à distordre une thématique qui ne procède que par strates. Au fond, là où les pieds touchent le sol, il y a le drame de ce couple exilé dans la montagne. Lui est déserteur, elle fait son possible pour s'adapter. Survient un troisième larron, élément exogène qui va faire surgir le doute. Autour, quand la fable se substitue à la vraie vie, tourbillonnent Monsieur Papillon, Mademoiselle Colombe et l'éternel malheureux qui préférerait la grâce des gestes à l'écrasante certitude de savoir trop de choses. Matteo Zimmermann, qui signe la mise en scène avec Lorenzo Malaguerra, ne cherche pas à brouiller les pistes mais plus probablement à mettre de l'ordre dans une vision qui reste très personnelle. Le résultat, qui compte quelques légères maladresses, peut désarçonner. Dans tous les cas, il impressionne, comme on dit de la chimie qui consiste à tirer une photo. Quant aux jeunes comédiens, qui tous se sont lancés dans l'aventure avec enthousiasme, ils réjouissent par une diversité de jeux que n'affecte jamais la cohérence de l'ensemble. Citons-les tous: Gabrielle Durand, Ian Durrer, Laurent Frattale, Jasna Kohoutovà, Thomas Laubacher, José Lillo. Avec Matteo Zimmermann et Lorenzo Malaguerra, il y a là de quoi se réjouir sur la pérennité d'un art auquel ils font honneur. LIONEL CHIUCH