Une machine à paroles pour aimer le théâtre A Genève, «Outrage au public» de Peter Handke interroge avec humour le statut du spectateur et du comédien Peter Handke a écrit Outrage au public en 1966. On peut appréhender cette pièce de jeunesse de l'auteur autrichien comme une diatribe à l'encontre du théâtre bourgeois. Ce qui a d'ailleurs été le cas au moment de sa création. On peut aussi y trouver une formidable machine à paroles qui interroge avec humour les codes du théâtre et les rituels pratiqués par ses protagonistes (auteurs, acteurs et spectateurs). C'est le parti pris réussi de Lorenzo Malaguerra, qui signe la mise en scène de la pièce à Genève, avec les comédiens Roberto Molo, Barbara Schittler, José Lillo et Dorian Rossel. «Vous êtes les bienvenus», telles sont les premières paroles prononcées sur la scène des Salons, bonbonnière bourgeoise s'il en est. Dès lors, deux axes essentiels de la pièce sont posés: le spectateur est pris à partie mais dans un souci constant de communication, et, disons-le, de partage. Les spectateurs sont ensuite emportés par un flux de paroles où les répétitions, les inversions, les démonstrations et leur contraire, énoncent la déclaration d'intention de l'auteur qui peut se résumer à un très magrittien «Ceci n'est pas du théâtre». Ce faisant, Handke joue de tous les trompe-l'œil de l'écriture dramatique: alors qu'un morceau de réalité est censé se dérouler sous nos yeux, les comédiens désapprouvent l'auteur pour ses choix… Cette autodérision se retrouve dans la mise en scène qui use des archétypes de la représentation: jeu grandiloquent, faux naturel, courses-poursuites, faux baisser de rideau, etc. Télécommande et vidéo ajoutent un degré supplémentaire à ce jeu de miroirs où la poésie de Handke se mire à ravir. Lisbeth Koutchoumoff
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