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Il n'y a rien à changer dans «L'échange» Claudel captive les jeunes grâce aux quatre comédiens réunis à Carouge Il n'est pas rare de ressentir une certaine appréhension quand on se retrouve au seuil d'une salle de théâtre en même temps qu'une ou deux classes de l'enseignement secondaire. Comment ces jeunes vont-ils réagir? Manifesteront-ils bruyamment leur ennui? Manqueront-ils de respect à l'égard du travail des comédiens? Au moment d'entendre les premières répliques d'une pièce de Paul Claudel, l'appréhension se mue en angoisse. Dans la Salle Gérard Carrat du Théâtre de Carouge, quatre comédiens jouent L'échange, un drame écrit à la fin du XIXe siècle, et mis en scène par Lorenzo Malaguerra. La comédienne Ania Temler apparaît la première. Blonde, sérieuse, vêtue de coton imprimé, elle parle de la marée en termes poétiques. On tremble. Et soudain le bruit de quelqu'un escaladant le décor par-derrière se fait entendre. C'est Matteo Zimmermann qui surgit de cette manière acrobatique. Intensité et naturel Debout face au public, vêtu de rouge, un tricot usé faisant ressortir sa belle carrure, le comédien fige la salle dans un silence attentif. Sa tignasse en bataille et sa physionomie singulière attirent l'attention sur son personnage de jeune homme libre et sensuel. C'est sûr, les spectateurs sont prêts à écouter ce que ce sauvage-là est venu leur dire. Et c'est avec confiance que l'on entre alors dans la pièce de Claudel, si bien engagée par le duo Marthe - Louis Laine. La justesse et l'intensité de la jeune femme ne faiblissent pas. Quant à son partenaire, il fait passer aussi bien qu'elle, et avec autant de naturel, ce qui n'est pas peu dire, le français si rare et magnifique de Claudel. Ils sont rejoints par Caroline Cons et Edmond Vuilloud, dans les rôles de la dangereuse actrice Lechy Elbernon et de son pragmatique époux Thomas Pollock Nageoire. Deux comédiens aussi judicieusement distribués que les autres, elle brillante de cynisme et de coquetterie, lui remarquable faux Américain aussi prompt que les autres à mettre la salle dans sa poche. L'allure, le ton, la vérité, ils ont tout cela, avec en plus la chance d'évoluer dans un décor évocateur et soigné (Gabrielle Blättler) et dans des costumes d'une élégance parfaite (Mireille Dessingy). La direction de Lorenzo Malaguerra traduit L'échange d'une manière qui fait oublier l'âge de la pièce et les difficultés de sa langue. Et cela en vaut la peine, car la croisée des quatre destinées imaginée par le poète nous concerne et nous intrigue. Le jeune public est resté jusqu'au bout et quiconque aime le théâtre écrit pour le théâtre et les bons comédiens fera comme lui. Benjamin Chaix, Tribune de Genève, 16.03.2006